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La règle du jeu Nº 28
EAN13
9782246690818
ISBN
978-2-246-69081-8
Éditeur
Grasset
Date de publication
Collection
REVUE LA REGLE
Nombre de pages
300
Dimensions
22 x 15 x 0 cm
Poids
286 g
Langue
français
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La règle du jeu Nº 28

Grasset

Revue La Regle

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MICHEL FOUCAULT OU LE DEVOIR AUX RIVES DU TEMPS?>PAR JEAN-CLAUDE MILNER
En 1984, Michel Foucault publie ses deux ultimes ouvrages : L'Usage des plaisirs et Le Souci de soi. Ceux-ci forment les tomes II et III de l'Histoire de la sexualité ; le premier, La Volonté de savoir,était paru en 1976. On sait que de plus en plus affaibli par la maladie, Foucault a mis tout son effort à parachever ces deux livres. On peut légitimement supposer que tout alors fut pesé soigneusement, notamment les quatrièmes de couverture. Il est remarquable qu'au revers des deux volumes de 1984 apparaisse la même citation de René Char : « L'histoire des hommes est la longue succession des synonymes d'un même vocable. Y contredire est un devoir. »Impossible de ne pas considérer qu'ainsi, Foucault a tenu à faire entendre quelque chose d'essentiel, touchant l'Histoire de la sexualité en particulier, mais aussi l'ensemble de son oeuvre. Citant René Char, il renouait avec l'Histoire de la folie à l'âge classique, telle qu'il l'avait publiée en 1961 sous un titre légèrement différent : Folie et déraison. Histoire de la folie à l'âge classique. Dans la préface, qu'il avait choisi de ne pas reprendre lors de la réédition de 1972, il s'autorisait de Char pour définir la seule règle et la seule méthode qu'il eût retenues. En 1984, il revient en quelque sorte à ses sources. Il rassemble son parcours entier ; il choisit de le faire en référence à l'histoire, mais pas aux historiens. En cet instant décisif, Char fait retour, tel qu'il était au commencement : l'intercesseur obligé entre un Je taciturne et l'histoire qui s'articule en troisième personne. Celui qui interprète à chaque fois qu'on le cite.Héraclitéen dans sa forme et dans son fond, le logion de Char se lit dans L'Âge cassant (José Corti, 1965 ; Pléiade, p. 766). Comment Foucault l'a-t-il entendu ? On ne peut que former des conjectures, pourvu qu'on y mette quelque soin. Une analyse interne est certes appropriée, mais il n'est pas inutile de mentionner au moins une circonstance externe. Il se trouve en effet que la même citation apparaît dans un texte de Jean-Luc Marion, intitulé : « Du pareil au même, ou : comment Heidegger permet de refaire de "l'histoire de la philosophie" » (Heidegger, Cahiers de l'Herne, Paris, 1983 ; p. 131-160 de l'édition du Livre de Poche, 1986).La coïncidence des dates retient l'attention, mais aussi l'objet du texte de Marion. La question posée - la possibilité générale de l'histoire de la philosophie - pouvait susciter quelque intérêt chez Foucault ; que Heidegger, d'autre part, comptât pour lui, il allait s'en ouvrir à André Scala (Dits et écrits, n° 354). Quant au traitement que propose Marion, il vaut par sa profondeur et sa précision. Car il ne se contente nullement de citer le logion de Char ; il en commente tous les termes et notamment celui de « synonymes ». Je pose en première conjecture que Foucault a pris connaissance du texte de Marion. Je forme une seconde conjecture : en reprenant la citation de Char, Foucault fait allusion très précisément à Heidegger. Moyennant Marion, la citation de Char et l'entretien donné à André Scala se confirment mutuellement.Il ne s'agit pas ici de raisonner en termes de sources. Bien entendu, Foucault n'avait besoin de personne pour lire René Char. D'autre part, rien ne permet de dire qu'il n'avait pas décidé depuis toujours de placer cette citation en exergue de ses derniers livres. Admettons qu'il en soit ainsi ; il n'en reste pas moins qu'il aura eu à choisir de la conserver, tout en sachant que Marion avait par elle résumé l'entreprise de Heidegger au regard de l'histoire. Même à l'horizon de cette hypothèse minimaliste, la conclusion demeure. Au dos de l'Histoire de la sexualité, en 1984, Heidegger est présent, entre les lignes. En reprise, en déplacement ou en rejet, la question se pose. On peut la juger importante ou même décisive.Ce n'est pourtant pas de cela que je veux parler. Ce que fut la relation de Foucault à Heidegger, il ne m'appartient pas de l'établir. Je m'en tiendrai à la matérialité textuelle. Si Foucault reprend, conserve, peu importe, le logion de Char, est-ce dans le même sens que celui que lui confère Marion ? Ou, à l'inverse, l'interprétation de Marion ne permettrait-elle pas, par différenciation, de mieux déterminer la position de Foucault ? Telle sera mon interrogation.L'interprétation de Marion se résume ainsi :- Il y a deux synonymies, la synonymie du Même et la synonymie du Pareil.- Lentreprise heideggerienne consiste à ramener toute synonymie du Pareil à une synonymie du Même ; en cela justement, elle accomplit le devoir de contradiction défini par Char ; elle contredit à la synonymie du Pareil pour instaurer la synonymie du Même.- Le Même est la mise en jeu de la différence ontologique, de l'écart qui déplie l'être et l'étant.- Chaque philosophe est à chaque fois celui qui soulève, en un commencement à chaque fois différent, la question de cet écart ; l'histoire de la philosophie n'est légitime que si elle se propose de restituer le Même au travers des différences (de modes de questionnement, de styles de réponse, etc.).Une fois encore, je ne discuterai pas si cette lecture est exactement conforme à la lettre et à l'esprit de Heidegger. J'admettrai qu'elle est au moins une lecture plausible. Concernant le logion, je remarquerai qu'elle repose sur un double axiome d'interprétation :1 Le « même vocable », dont l'histoire est succession des synonymes, est non seulement le même, mais aussi unique. Il n'y a qu'un seul vocable. Le verbum unicum, le heideggerien n'aura pas de peine à le nommer : c'est l'éon, en tant que ce mot signale un Pli (Zwiefalt) - le Pli de l'être et de l'étant. Donc aussi sans doute, l'être même en tant que finalement, il faut le barrer d'une croix de Saint-André (expression de Marion).2 La contradiction porte sur la seule synonymie ; le devoir est de contredire à la synonymie des successifs en tant que cette synonymie se présente du côté du Pareil, alors qu'il faut le ramener au Même.Observation sur l'axiome 1 : l'unicité du vocable, le logion ne la dit pas. Comme tout logion, il s'ouvre à des lectures multiples et celle-là, pour être possible, n'est pas la seule. Supposons ce que j'appellerai une lecture « distributive » du « même ». Supposons, autrement dit, qu'il y ait une infinité de vocables infiniment différents les uns des autres dont chacun suscite à chaque fois une longue succession de synonymes. Le devoir consistera alors dans le seul geste de contradiction : pour chaque vocable, dégager la succession indéfinie des synonymes dont il est affecté - comme un corps est affecté d'une maladie - et y contredire. C'est aussi contredire à la possibilité générale qu'aucun vocable ait quelque synonyme que ce soit.Je supposerais volontiers que telle est l'interprétation de Foucault. Ainsi a-t-il contredit à la succession des synonymes de la folie, puis à la succession des synonymes de la clinique, puis à la succession des synonymes du savoir, puis à la succession des synonymes de la prison, puis à la succession des synonymes de la sexualité. Il va de soi que cette succession peut s'établir aussi bien en antériorité qu'en postériorité. L'Histoire de la folie traite de la succession en postériorité qui mène de la folie à la maladie mentale ; l'Histoire de la sexualité traite de la série des synonymes antérieurs qu'on croit trouver à la sexualité, en Grèce et à Rome. Proclamation fictive de Michel Foucault : « Là où vous croyez que ce vocable que je pointe est synonyme de tels et tels vocables qui le précèdent ou qui le suivent, et que vous croyez former une série synonymique successive dont ce vocable que je pointe aujourd'hui est le dernier ou le premier ou un terme quelconque, je dis non ; je contredis à chaque pas ; ce vocable que je pointe n'est ni le dernier, ni le premier terme, ni un terme quelconque d'une série, car les vocables d'avant ou d'après ne forment pas série avec lui ; il n'y a pas de synonymes en succession. »Le vocable « maladie mentale » n'entre pas en série avec le vocable « folie », et il n'est pas une autre manière de dire la même chose. Le vocable « sexualité » n'est pas l...
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