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La règle du jeu nº34, 40 ans après (la guerre des Six-Jours), 40 ans après (la guerre des Six-Jours)
EAN13
9782246690870
ISBN
978-2-246-69087-0
Éditeur
Grasset
Date de publication
Collection
REVUE LA REGLE (34)
Nombre de pages
304
Dimensions
22 x 15 x 0 cm
Poids
372 g
Langue
français
Code dewey
327
Fiches UNIMARC
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La règle du jeu nº34

40 ans après (la guerre des Six-Jours), 40 ans après (la guerre des Six-Jours)

Grasset

Revue La Regle

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POUR LE DARFOUR1?>PAR BERNARD-HENRI LÉVY?>Merci, chers amisVous êtes les militants de la première heure de la cause du Darfour.Vous êtes ceux qui, depuis quatre ans, et alors que le monde entier se lave les mains de ces morts darfouris, vous époumonez pour donner l'alerte.Et je voudrais juste, moi, ajouter mon témoignage à ce que vous venez de dire - je veux essayer de raconter ce que j'ai vu, de mes yeux vu, pendant ces huit jours terribles que j'ai passés, dans les camps de réfugiés d'abord, puis à l'intérieur même du Darfour ; et, comme vous le savez, pas n'importe quel Darfour puisque j'y suis entré, non pas via Khartoum, avec visas, accompagnateurs en civil, villages Potemkine, etc., mais clandestinement, par le Tchad, avec une unité de notre ami Abdul Wahid al-Nour, le patron du Mouvement pour la libération du Soudan.J'ai vu des villages brûlés, naturellement.J'ai vu des dizaines, puis, à mesure que je m'éloignais de la frontière et m'enfonçais dans le pays, des centaines de ces fameux villages brûlés, détruits par les Janjawid, les terribles cavaliers à cheval qui surgissent en général à l'aube, tournent autour des huttes avec des cris terribles, jettent des torches sur les toits de chaume, des bidons empoisonnés dans les puits, détruisent la petite mosquée, puis rassemblent les hommes, les mitraillent, violent leurs femmes et jettent leurs enfants dans les brasiers.J'ai vu, sur quatre cents kilomètres, un pays devenu désert, proprement annihilé - jamais, nulle part, ne m'avait paru si parfaitement appropriée la formule convenue de « terre brûlée » : j'ai traversé quatre cents kilomètres sans voir d'autre trace de présence humaine que des décombres parfois fumants ; des cercles de suie noire indiquant l'emplacement d'anciennes maisons ; des hautes jarres à mil brisées et calcinées ; des blocs de sorgho durcis et noircis par les flammes comme des galets de lave ou des galettes énormes ; parfois un soulier d'enfant ; parfois un morceau de jouet qui a échappé aux flammes ; et, parfois, figé de terreur dans un bouquet d'arbres ou d'épineux, un reste de troupeau que les Janjawid n'ont pas razzié.J'ai vu, au terme de ce chemin, dans un village tenu par la guérilla dans la zone d'Amarai, un cratère immense, plein de clous et de ferrailles énormes dispersées sur des centaines de mètres alentour, puant la vieille essence : ce sont les vestiges d'une bombe lâchée, quelques jours plus tôt, au mépris de toutes les interdictions de survol décrétées par les Nations unies, par un Antonov de l'armée soudanaise.J'ai vu, à demi détruits ou pris de vive force par les rebelles, des transports de troupes, des véhicules militaires, un camion Giad de fabrication soudanaise et, m'ont-ils dit, franco-soudanaise, qui confirment l'implication directe, et de moins en moins dissimulée, des Soudanais dans ce qu'ils nous présentent comme une guerre tribale, héritière d'un conflit ethnique sans âge, entre nomades arabes et tribus sédentaires d'origine four, masalit et zaghawa : non ! j'ai la preuve, là, de l'implication directe, dans les massacres, de l'État terroriste du Soudan ! nous avons, avec Alexis Duclos, des images (une image, en tout cas - celle du camion Giad, dûment immatriculé à Khartoum) que nous tenons à la disposition des juridictions pénales internationales et qui attestent de cette responsabilité directe du criminel d'État Al-Bechir !J'ai vu des survivants, bien sûr.J'ai interrogé des hommes et des femmes qui ont tout perdu ; vraiment tout ; leurs biens ; leurs villages ; souvent leurs familles et les êtres les plus chers ; et aussi, au bout de tout cela, leur raison de vivre et de survivre, leur inscription dans le monde des vivants : leur mort même, qu'ils attendent à tout instant et dont ils savent que, d'elle aussi, de cette mort, de ce mourir, qui, pour chacun d'entre nous, devraient être, selon le mot d'un grand philosophe qui fut mon maître, le point le plus secret et sacré de l'existence, ils seront et sont déjà dépossédés - tous ces futurs morts sans nom, sans nombre, sans visage ; tous ces morts dont aucune organisation de défense des droits de l'homme, aucun onusien, aucun d'entre nous, ici, n'est en mesure de dire s'il sont deux cent mille, trois cent mille, peut-être quatre cent mille et qu'il faudrait, pour les compter, pouvoir déterrer des charniers où ils ont été jetés en vrac et qu'Alexis Duclos a photographiés, pour moi, avec moi, dans la région de Beirmezza.J'ai vu une femme violée et que l'on a tatouée comme une bête.J'ai vu Samir Faudel, ce compagnon d'Abdul Wahid, battu à mort, torturé, dans le coma, que j'ai tenté de faire transporter en France avec la complicité, je dois le dire, d'un grand monsieur du Haut Commissariat aux réfugiés - mais il était trop tard, il est mort avant que nous n'ayons pu organiser son exfiltration.J'ai vu des hommes et des femmes qui, mourant de faim, rongés par le paludisme, le regard trouble déjà, ce regard affreusement trouble que je connais si bien et qui est celui des déjà-spectres qui ont, comme tous les spectres, un pied dans l'autre monde et l'autre dans celui-ci, le nôtre, celui des vivants, pour leur rappeler, nous rappeler, notre dette inacquittée - j'ai vu ces morts-vivants hantés par une question, une seule : « Vous passez, vous, c'est bien ! Mais les autres ? Vos gouvernements ? Pourquoi nous abandonnent-ils ? Pourquoi tolèrent-ils que ces milices arabes surarmées, suréquipées, débarquent dans nos villages et nous disent : « Vous êtes masalit, four, zaghawa ; vous êtes de la race noire ; vous n'avez, pour cela, pas de place sur cette terre ; vous n'avez pas de place à nos côtés ? Pourquoi, oui, vous, Français, qui avez fait la Révolution française pour les droits de l'homme et contre le racisme, ne faites-vous rien pour arrêter cette guerre purement raciste 7 »
J'ai entendu tout cela, oui.Et je suis bien obligé de vous dire que je me sentais envahi, pendant que j'écoutais, d'une honte du même genre que celle que j'ai connue pendant le siège de Sarajevo, puis au moment du Rwanda, puis dans cette autre partie du Soudan, les monts Nuba, où je me suis également rendu, il y a sept ans, pour le journal Le Monde et où se déroule, dans une indifférence, par parenthèse, presque plus terrible encore, un autre crime au long cours, une autre extermination lente - je dois vous dire que, au-dedans de moi, tandis que j'écoutais les commandants Rocco, Nimeiry ou Tarada m'expliquer que le Soudan n'était pas non plus un État si redoutable et qu'il n'en faudrait pas tant que cela pour l'intimider, le tenir en respect ou le faire reculer, je croyais entendre mes amis bosniaques ; littéralement, je les entendais, les Divjak, les Landzo, les combattants de Stup et de Donji Vakuf, les copains du Cercle 92, me dire, avec, dans le regard, le même désespoir stupéfié, très précisément les mêmes mots ; et je dois dire que, au fond, de moi, je savais qu'ils avaient raison.Car, de ces massacres d'une cruauté terrifiante, nous avons peu d'images mais nous savons tout.Car, pas plus qu'au Rwanda, en Bosnie, au Cambodge, nous ne pouvons dire : « C'est terrible, mais nous ne savions pas. »Car, plus même qu'au Rwanda où les choses sont allées si vite, où le génocide est tombé comme la foudre et où la communauté internationale peut, à l'extrême rigueur, invoquer l'excuse de ce temps court, de cette mort qui a pris le temps d'un éclair - c'est mon ami André Glucksmann, qui a parlé, n'est-ce pas, à propos du génocide des Tutsis au Rwanda, du record du monde horaire du génocide ? - à la différence, donc, du Rwanda, le massacre, là, dure depuis quatre ans ! Quatre ans ! L'esprit malin du génocide, ce diable, nous a laissé quatre longues années pour nous retourner, prendre la mesure de la catastrophe, agir ; et nous n'avons, pourtant, pas bougé.Car la France par exemple (cela aussi, avec Laurent Fabius, nous l'avons vu) dispose, à la frontière du Tchad et du Soudan, de moyens d'information satellitaires qui lui permettent d'être informée, en temps réel, et dans un périmètre assez conséquent, du moindre mouvement militaire, de la moindre colonne suspecte, de chaque caillou que l'on déplace, de chaque hutte brûlée ; j'ai ...
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