Pour les lecteurs éblouis

Pour les lecteurs éblouis

Goncourt, Renaudot, Fémina, Médicis et bien d'autres... Ces fameux prix permettent à certains auteurs de rentrer dans l'histoire de la littérature. Dans très peu de temps, nous connaîtrons les noms des heureux élus. Voici les livres auxquels nous tenons tout particulièrement et qui font partie de la liste des sélectionnés.

Nous leur souhaitons bonne chance dans cette course aux prix, et surtout une longue vie dans notre librairie pour le plaisir des lecteurs éblouis!

La gloire des maudits
23,49

Fille d’un collaborateur exécuté sous ses yeux à la Libération, Gabrielle Valoria doit écrire la première biographie de Sidonie Porel. Mais qui est vraiment Sidonie Porel ? La plus célèbre romancière de son époque ou une imposture littéraire ? Une grande amoureuse ou une manipulatrice ?
En plongeant dans le passé de cette femme qu’elle craint et qu’elle admire, Gabrielle découvre un univers où grouillent les menteurs et les traîtres. Ecrivains, politiciens, journalistes, prostituées, grands patrons : tous cachent un secret qui tue…
Dans Les Fidélités successives (Prix Cazes-Lipp), Nicolas d’Estienne d’Orves explorait les ambiguïtés de l’Occupation, avec La Gloire des maudits, il s’attaque aux mensonges de l’après-guerre. Ce tableau romanesque d’une France au lendemain du chaos, où l’on croise les grandes figures du Paris intellectuel et artistique des années 1950, montre que le passé nous rattrape toujours et que les guerres ne se terminent jamais.


L'art de perdre, Goncourt des Lycéens - 2017

Goncourt des Lycéens - 2017

Flammarion

22,00

L'Algérie dont est originaire sa famille n'a longtemps été pour Naïma qu'une toile de fond sans grand intérêt. Pourtant, dans une société française traversée par des questions identitaires, tout semble vouloir la renvoyer à ses origines. Mais quel lien pourrait-elle avoir avec une histoire familiale qui ne lui a jamais été racontée ?
Son grand-père Ali, un montagnard kabyle, est mort avant qu'elle n'ait pu lui demander pourquoi l'Histoire avait fait de lui un "harki". Yema, sa grand-mère, pourrait peut-être lui répondre mais pas dans une langue autre que Naïma comprenne. Quant ) Hamid, son père, arrivé en France à l'été 62 dans les camps de transit hâtivement mis en place, il ne parle plus de l'Algérie de son enfance. Comment faire ressurgir un pays du silence ?

Dans une fresque romanesque puissante et audacieuse, Alice Zeniter raconte le destin, entre la France et l'Algérie des générations successives d'une famille prisonnière d'un passé tenace. Mais ce livre est aussi un grand roman sur la liberté d'être soi, au-delà des héritages et des injonctions intimes ou sociales.

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Prix des Libraires de Nancy-"Le Point"
Prix littéraire Le Monde - 2017
Prix Landerneau des lecteurs - 2017


Fief

Le Seuil

17,50

Quelque part entre la banlieue et la campagne, là où leurs parents ont eux-mêmes grandi, Jonas et ses amis tuent le temps. Ils fument, ils jouent aux cartes, ils font pousser de l’herbe dans le jardin, et quand ils sortent, c’est pour constater ce qui les éloigne des autres.

Dans cet univers à cheval entre deux mondes, où tout semble voué à la répétition du même, leur fief, c’est le langage, son usage et son accès, qu’il soit porté par Lahuiss quand il interprète le Candide de Voltaire et explique aux autres comment parler aux filles pour les séduire, par Poto quand il rappe ou invective ses amis, par Ixe et ses sublimes fautes d’orthographe. Ce qui est en jeu, c’est la montée progressive d’une poésie de l’existence dans un monde sans horizon.

Au fil de ce roman écrit au cordeau, une gravité se dégage, une beauté qu’on extirpe du tragique ordinaire, à travers une voix neuve, celle de l’auteur de Fief.


Les belles de Halimunda / roman
27,00

C’est à Halimunda, petite ville imaginaire sur la côte sud de Java, que se situe l’époustouflant premier roman d’Eka Kurniawan, dont la critique internationale a beaucoup souligné la filiation avec l’oeuvre de Gabriel García Márquez : plongée épique dans l’histoire de l’Indonésie pendant la deuxième moitié du xxe siècle, il retrace le turbulent destin de trois générations de femmes et s’inscrit clairement dans une tradition de réalisme magique.
Le livre s’ouvre au moment où Dewi Ayu, qui fut la prostituée la plus célèbre de la ville, sort de sa tombe vingt et un ans après sa mort. Couverte de son linceul, sa très longue chevelure flottant au vent, elle traverse Halimunda pour rentrer chez elle. Dans la véranda est assise une jeune fille d’une insoutenable laideur. Dewi Ayu comprend que son voeu a été exaucé : épouvantée par la succession de catastrophes que la beauté de ses trois filles aînées, aussi séduisantes que leur mère, avait valu à la ville, elle avait tout mis en oeuvre pour que la quatrième fût laide. La repoussante jeune femme – la description de son physique laisse à l’écrivain l’occasion de déployer toute sa veine comique – reçoit pourtant la nuit les visites d’un mystérieux prince charmant.
L’identité du visiteur nocturne – et la raison pour laquelle Dewi Ayu est revenue parmi les vivants – finira par être révélée, à la faveur d’un long retour sur le passé rocambolesque de la courtisane et de sa descendance : indonésienne par sa mère et hollandaise par son père – fils d’un riche propriétaire terrien –, Dewi Ayu se retrouve orpheline à seize ans, au début de la deuxième guerre mondiale. Seule maîtresse du domaine, elle se met en tête d’épouser un homme naguère lié par un serment d’amour éternel à sa défunte grand-mère. Plutôt que de consommer cette union, l’époux malgré lui préfère se jeter du haut d’une colline – il ne disparaît pas pour autant du roman.
En 1942, à l’arrivée des Japonais, les civils européens sont parqués dans un camp, et les plus belles adolescentes expédiées dans un bordel pour gradés. Au moment où les Anglais libèrent la ville, Dewi Ayu – qui a enduré ces épreuves la tête haute – choisit de ne pas quitter l’Indonésie. Elle restera prostituée, ne se remariera jamais, et ses quatre filles naîtront de pères différents.
Les années passent. À trente-cinq ans, elle accorde l’exclusivité de ses faveurs au nouveau chef de la pègre locale, l’invincible Mamane Gendeng. L’harmonie de la ville est perturbée quand un ancien partisan réclame à la fois Dewi Ayu et la main de sa fille aînée… En matière d’intrigues et de rebondissements, la destinée de ses séductrices de filles n’aura rien à envier à celle de leur mère. L’aînée deviendra la femme du partisan, nommé haut responsable militaire après l’indépendance ; la cadette se mariera avec l’amoureux transi de sa soeur, chef charismatique du parti communiste local – qui survivra aux massacres de communistes de 1965 ; sa mère arrangera le mariage de la troisième, douze ans à peine, avec Mamane Gendeng le truand.
Le destin ne cessera de s’acharner sur les trois filles à la beauté maudite, et sur leurs enfants. Au point que Dewi Ayu devra se lever de sa tombe pour y mettre bon ordre : Kurniawan n’hésite pas à convoquer les morts et les fantômes pour régler le compte des vivants. Et si, dans ce roman kaléidoscopique, il fait défiler comme au théâtre d’ombres ses multiples personnages en proie à leur destin individuel et collectif, jamais il ne lâche le fil de son intrigue. Dans une narration nourrie d’oralité et de légendes, il conduit au pas de charge son lecteur fasciné vers un dénouement digne des plus grandes tragédies.


Un certain M. Piekielny
19,50

«"Quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire : au n° 16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait M. Piekielny..." Quand il fit la promesse à ce M. Piekielny, son voisin, qui ressemblait à "une souris triste", Roman Kacew était enfant. Devenu adulte, résistant, diplomate, écrivain sous le nom de Romain Gary, il s’en est toujours acquitté : "Des estrades de l’ONU à l’Ambassade de Londres, du Palais Fédéral de Berne à l’Élysée, devant Charles de Gaulle et Vichinsky, devant les hauts dignitaires et les bâtisseurs pour mille ans, je n’ai jamais manqué de mentionner l’existence du petit homme", raconte-t-il dans La promesse de l’aube, son autobiographie romancée. Un jour de mai, des hasards m’ont jeté devant le n° 16
de la rue Grande-Pohulanka. J’ai décidé, ce jour-là, de partir à la recherche d’un certain M. Piekielny.»
Né en 1987, François-Henri Désérable est l’auteur, aux Éditions Gallimard, de Tu montreras ma tête au peuple et d'Évariste.